Laxisme et choix d’éducation bienveillante

Je continue sur ma lancée suite à l’article sur la bienveillance éducative, je vais maintenant aborder la notion de laxisme, très présente dans les discussions autour de la parentalité non violente sur les réseaux sociaux et ailleurs. Il y a cette idée que le laxisme est le PIRE ennemi de l’éducation bienveillante. Que c’est un travers dans lequel on risque fortement de tomber si on ne frappe ses enfants.

Bon, encore une fois, je grossis le trait, mais vous avez saisi l’idée générale. J’ai souvent lu des témoignages disant « dans telle situation, j’étais laxiste » ou « je suis trop laxiste en faisant ça » ou « est-ce que c’est laxiste de faire ça ? ». Souvent, j’ai personnellement trouvé que les situations présentées n’étaient pas laxistes, juste des situations classiques de respect de l’enfant, de ses besoins et envie. Mais, notre société voit tellement l’enfant comme un être négatif que, dès qu’on se met à respecter un peu son enfant et à l’écouter, on croit presque avoir échoué dans son rôle de parent.

Comment définir le laxisme ?

Dans notre contexte, être laxiste signifie être excessivement tolérant et indulgent, selon le dictionnaire en ligne Larousse. Et là, franchement, j’ai envie de définir excessivement. J’ai du mal à cerner l’idée. Bien sûr que je suis indulgente et tolérante avec ma fille. Peut-on l’être de façon excessive ? Elie est entrain de découvrir son corps et le monde. Elle me tire les cheveux, me griffe, jette ses jouets partout, vide les étagères de ma bibliothèque. Comme beaucoup de bébé de presque 10 mois. Mais, est-ce réellement être indulgent que de la laisser faire ? Est-ce vraiment excessif que de ne pas la punir ?

Je lui dis « oh ça fait mal » quand elle tire les cheveux. Je répète, encore et encore. Quand elle me griffe, je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même ; c’est à moi de lui couper les ongles, il semble évident qu’elle ne peut pas le faire elle-même.

Quand j’écris « est-ce indulgent de la laisser faire », c’est surtout parce que, la laisser faire est pour moi le comportement normal, mon comportement normal. Je ne suis pas exceptionnellement indulgente à mes yeux, dans le contexte de mon éducation. Donc là, on a déjà un souci avec la définition même du mot.

Alors, si je la laisse faire, cela veut-il dire que je suis laxiste ? Certains pourraient penser que je devrais l’empêcher de toucher aux livres de la bibliothèque ou lui tirer les cheveux en retour de son tirage de cheveux (conseil véridique et existant, mais oh combien ridicule, on en conviendra).

La notion de laxisme n’est pas la même pour tout le monde. D’ailleurs, si on cherche une seconde définition, le site notrefamille.com ajoute déjà un nouveau concept : « laisser aller ». Donc, si nous sommes indulgents et tolérants, deux mots qui me semblent à la base chargés de positif, nous devenons laxistes et nous plongeons droit dans le laisser aller ?

Une peur derrière le mot

Je crois surtout que derrière l’utilisation du terme laxiste, il y a une peur La peur, peut-être, de ne mettre aucune limite à son enfant, qu’il fasse « n’importe quoi », qu’il n’obéisse pas ou encore qu’il se mette en danger.

L’obsession des limites est quelque chose qui me dérange. En tant que parent, nous essayons d’offrir un cadre de vie sécurisant à nos enfants, de les aider à grandir et à découvrir le monde. Pourquoi leur mettre plus de limites qu’ils n’en ont déjà ?

Faire « n’importe quoi », je ne sais pas ce que ça veut dire. Qu’est-ce que c’est « n’importe quoi » ? Ma fille adore vider mon panier de pinces à linge et les lancer dans le salon. Est-ce que c’est ça « n’importe quoi » ? Je ne sais pas. On fait forcément « n’importe quoi » par rapport à des règles, à un système établi, dans un contexte précis. Un enfant qui joue peut-il faire  « n’importe quoi » ? Pas à mes yeux.

La mise en danger, elle existe bien entendu, un enfant qui monte sur une chaise ne pense pas « je risque de tomber et de me faire très mal », mais son parent, lui, y pense tout de suite. Est-ce laxiste de l’aider à monter et à descendre, de lui montrer comment faire, et de lui expliquer le danger ? Non. Par contre, c’est assez violent de lui crier dessus en lui disant juste « on ne monte pas sur les chaises, c’est comme ça ».

Si je devais vraiment chercher une définition du laxisme et le comprendre comme on l’entend dans l’éducation des enfants, je dirais que c’est la négligence, ne pas s’occuper de ses enfants. Les laisser libre de jouer, de découvrir le monde qui les entoure, pour moi, ce n’est pas du laxisme. Par contre, les ignorer, ne pas écouter leurs besoins, ça, ce serait du laxisme.

N’ayez pas peur d’être laxiste, vous ne l’êtes pas si vous vous posez la question. Je pense que vous faites le mieux pour votre enfant, et nous pouvons toujours faire de mieux en mieux.

 Faire Part 5

Quelle éducation je veux donner à ma fille ?

Il y a quelques jours, je disais à Maman-Dine que la base de l’éducation pour moi était le respect de l’enfant, mais ça, je pense que vous l’avez déjà compris si vous connaissez un peu notre blog.

En découle l’idée de laisser son enfant le plus libre possible dans tous ses actes, tout en étant très concret dans les consignes, interdits, mais aussi dans les compliments, les émotions et sensations.

Liberté, j’écris ton nom

Je suis adepte de la motricité le libre, comme je le disais quand l’article sur le matériel de puériculture, je n’ai pas de parc et je n’ai jamais utilisé de transat. Dans mon salon, j’ai mis une couverture au sol, ma fille joue dessus, se met en debout en s’appuyant sur la table basse ou le canapé. Elle a tous les jouets à disposition entre sa chambre et le salon, elle navigue à quatre pattes entre les deux pièces. Elle explore parfois aussi ma chambre et la salle de bain, que je sécurise au maximum. Je l’empêche juste d’aller dans ma cuisine, car je n’ai pas de placards qui ferment. D’autant qu’elle sait ouvrir les placards.

Quand ce n’est pas dangereux, je la laisse faire ; elle joue avec les pinces à linges, elle fait tomber les livres et dvds de la bibliothèque, etc. Globalement, j’ai fais en sorte que ce qui est dangereux soit inaccessible. Je la laisse également pieds nus la plupart du temps, à l’intérieur, mais aussi dans l’herbe et le sable.

Pour moi, cette idée rejoint aussi celle du jeu libre. Elle utilise ses jouets pas forcément de la façon prévue par le constructeur, mais quelle importance ? Plus elle va grandir, plus le jeu libre, mais aussi le jeu coopératif, deviendront importants.

Nous tentons aussi depuis un mois le bain libre, nous n’utilisons plus notre transat de bain. Mon copain remplit la grande baignoire d’un fond d’eau, de façon à ce qu’elle n’ait pas la tête dans l’eau si elle se met à quatre pattes, et elle joue librement dans l’eau, sous surveillance bien entendu, voire parfois, avec l’un de nous dans la baignoire avec elle. Elle se met tout le temps debout dans la baignoire, maintenant qu’elle a compris comment se mettre debout avec un appui, on ne peut plus l’arrêter !

Dans cette continuité, j’aurais pu appliquer la Diversification Menée par l’Enfant ou DME. Mais, je ne me sentais pas prête, j’ai trop peur qu’elle s’étouffe, même si je sais pertinemment que beaucoup de parents font ainsi et n’ont aucun problème. Nous avons tous nos limites. Les repas ne sont pas des « combats », mais comme tous les parents, j’ai un gros pincement au cœur quand elle refuse de manger, surtout si c’est moi qui cuisine, et je m’inquiète facilement. C’est très souvent mon copain qui lui donne à manger, il est beaucoup plus zen que moi sur ce sujet. J’essaye de faire confiance à ma fille au maximum et je m’exerce à me détendre et à lâcher prise de ce côté là. Quand elle ne veut plus manger, je la laisse jouer avec sa cuillère. Nous lui avons aussi donné des morceaux de pastèque bien mûres, des galettes de riz ou des croûtons de pain, qu’elle arrive à mâchouiller avec ses quatre petites dents ou à suçoter.

Sur un autre registre, je ne vois aucun souci à la laisser choisir ses vêtements quand elle en exprimera le souhait, en essayant de lui expliquer le lien vêtement/météo extérieur. Quitte à la laisser sortir en tee-shirt, en prenant un gilet dans mon sac, pour qu’elle puisse expérimenter le froid ou le vent par elle-même.

Enfin, Maman-Dine me parlait récemment du dessin libre, du fait de cesser d’essayer d’interpréter constamment les dessins de nos enfants ou de faire en sorte qu’ils dessinent « quelque chose ». Une des choses que j’avais préféré durant mes études d’art-plastique au lycée, c’est un thème que notre professeur avait nommé « mode opératoire hasardeux », où nous devions, par exemple, peindre les yeux fermés, de façon aléatoire. On se libère de toutes idées de représentation, de « bien dessiner ». Juste la liberté de créer.

Une parole claire et concrète

Le fait d’être concret se traduit pour moi de plusieurs manières :

Lorsque ma fille se fait mal, je lui dis « tu es tombée, tu t’es cognée le pied, ça fait mal sur le coup, mais après ça va passer » et je lui fais un câlin. J’essaye de lui dire à chaque fois ce qu’il s’est passé, pourquoi et où elle a mal. Bien sûr, parfois j’ai peur, parfois j’oublie de dire tout ça, mais je m’efforce d’y penser et de le faire.

Pour les consignes, j’avais lu, il y a un bout de temps maintenant, qu’il était préférable de donner la consigne positivement « tu as le droit de… » plutôt que « ne fais pas… ». « Tu as le droit de marcher sur le trottoir », plutôt que « ne va pas sur la route ». Il vaut mieux dire à nos enfants ce que nous voulons qu’ils fassent plutôt que ce que nous ne voulons pas qu’ils fassent.

De même, il vaut mieux dire « je suis fière de toi, tu as réussi à faire telle chose », plutôt que de le dire d’une façon générique, qui n’expliquerait pas à l’enfant pourquoi on est fier de lui, même si on est fier de lui en général. L’enfant risquerait de se mettre une sorte de pression à être parfait pour que son parent soit toujours fier de lui, sans savoir exactement comment faire.

Cela fonctionne aussi pour les dessins et créations de votre enfant. Plutôt qu’un « c’est beau » ou un « qu’est-ce que c’est ? », pourquoi ne pas dire « j’aime bien la couleur que tu as utilisé » ?

En résumé : être concert, clair et précis. Pas toujours facile dans le feu de l’action, je vous l’accorde.

J’ai un peu dévié du sujet originel, mais est-ce surprenant ? Vous commencez à me connaître !

Aussi longtemps que laxiste sera synonyme de tolérance et d’indulgence, je serais laxiste. Par contre, je ne serais pas négligente, je m’attacherai à écouter ses besoins et ses envies, et j’essayerai toujours de m’améliorer.

On va s’arrêter là, à bientôt !

 

 Pour aller plus loin : 

Une éducation bienveillante n’est pas une éducation laxiste.

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3 réflexions sur “Laxisme et choix d’éducation bienveillante

  1. Charlie dit :

    Ici, en suivant les principes RIE (Magda Gerber, Resources for Infant Educarers) on remplace « je suis fier de toi » par « tu peux être fier de toi », pour diminuer la validation extérieure et encourager l’estime de soi, toujours dans l’idée d’éviter cette pression de « plaire » aux autres. Ca nous arrive aussi de le dire, mais c’est vrai qu’on met l’accent sur lui et ce qu’il sait faire, plus que sur l’effet que ça a sur nous.

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