Lecture Estivale #5 : Un heureux évènement

On enchaîne sur une nouvelle lecture, Un heureux évènement, un court roman écrit par Eliette Abécassis. On y découvre l’histoire de Barbara et Nicolas, puis de leur fille Léa.

L’histoire est écrite du point de vue de Barbara. Elle évoque sa rencontre avec Nicolas, le début de leur histoire et de leur amour. Puis, elle parle de la grossesse, de l’accouchement, et évoque les premiers mois avec son bébé et la relation de couple qui se modifie avec ce bouleversement qu’est l’arrivée d’un enfant dans une famille.

J’avais, dès le départ, un a priori sur ce roman, peut-être lié au résumé du quatrième de couverture. Je l’ai ouvert avec beaucoup d’appréhension et j’ai du mal à rentrer dedans.

A travers les pensées de Barbara, l’auteure aborde toutes les questions, toutes les inquiétudes, toutes les peurs, qui peuvent tirailler les femmes enceintes, les jeunes mères, par rapport à elles-mêmes, leur corps, leur vie, mais aussi leur bébé, ses besoins, son développement, et encore par rapport à leur couple et les relations amoureuses et sexuelles. Elle ne cache rien, même les pensées les plus sombres, et parfois violentes.

Je suis enceinte

J’ai été touchée par le moment où Barbara évoque qu’elle est la seule à savoir qu’elle est enceinte. A la page 23, elle écrit tout d’abord  » cela m’appartient encore pour quelques heures, quelques minutes peut-être, un secret pour moi seule « . J’avais fait mon test de grossesse avec mon copain qui attendait derrière la porte, il l’a donc sur tout de suite, mais nous avions cette nouvelle pour nous deux, nous étions les seuls à savoir. Et parfois, au cours de la grossesse, j’ai regretté ce moment où nous étions seuls détenteurs de ce secret, de notre secret. Barbara explique : «  je voulais le dire et je ne le voulais pas, retenir encore un peu cette information, la garder juste pour moi. « , et c’est exactement ce que nous ressentions aussi. Cette envie de le dire à la Terre entière et, en même temps, d’être les seuls à le savoir. Enfin, elle ajoute :  » j’avais une nouvelle, vieille comme le monde, et pourtant toujours neuve, antique et futuriste « . J’ai trouvé cette phrase très belle et très vraie. Une nouvelle pleine d’avenir, qui se projette dans la vie, et qui, en même temps, reste une nouvelle connue, quelque chose qui existe depuis toujours.

En ce qui concerne la grossesse, elle parle également de la part purement animal en nous, qui se réveille durant la gestation, puis l’accouchement et l’allaitement. Barbara oppose à cela le fait qu’elle faisait auparavant des études de philosophie ;  » je n’avais plus de goût pour la philosophie depuis que j’étais devenue un corps.  » (page 37), puis, plus loin :  » j’étais submergée par ma propre corporalité. « . Un peu comme si, avant d’être enceinte, elle n’avait pas conscience de son propre corps, vivant dedans mais  à côté. J’ai trouvé cette réflexion intéressante, même si elle ne se rapproche pas de ce que j’ai vécu.

La vie d’avant

A de nombreuses reprises, et c’est même le fil rouge de son roman, l’auteur évoque, à travers le point de vue de Barbara, la perte de la vie d’avant. Par exemple, elle écrit :  » peu de parents connaissent la vérité, c’est la fin de la vie.  » (page 15),  » j’ignorais qu’il fallait renoncer à la vie.  » (page 79) ou encore  » ma vie était finie  » (page 134). C’est, d’autre part, quelque chose que j’ai l’impression de retrouver régulièrement dans les récits de grossesse et de parentalité.

Personnellement, je ne me reconnais qu’à moitié dans ces affirmations. Je ne peux pas dire que ma vie est la même qu’avant la naissance d’Élie, ou même qu’avant la grossesse, mais je n’ai pas le sentiment qu’elle soit finie ou terminée. Ma vie est considérablement différente, mes priorités ont changées, et oui, parfois j’aimerai pouvoir partir en soirée sur un coup de tête, sans songer au lendemain matin et à la nécessité d’être opérationnelle pour ma fille. Mais, à côté de ça, j’adore passer du temps avec elle, l’emmener au parc, à la bibliothèque, la voir grandir et évoluer. Je m’intéressais déjà beaucoup à l’éducation avant d’avoir un enfant, et aujourd’hui, cela me passionne toujours, avec un regard plus concret.

Féministe ?

Un passage qui pourrait être un détail, mais qui n’en a pas été un pour moi puisqu’il m’a dérangé. Barbara écrit une thèse de philosophie et parle beaucoup des auteures féministes qui l’ont aidé à s’accomplir, à s’épanouir. A la page 11, elle dit : «  j’étais féminine quoique féministe « . Quoique ? Comme si être féministe devenait soudainement un défaut qui empêcherait d’être féminine.

Je vais faire ma mauvaise langue, car je sais très bien ce que la société entend par féminine, mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’entendez-vous, vous, par là, quand vous le lisez ? Qu’est-ce que cela sous-entend ?

Le dictionnaire en ligne Larousse dit du mot féminin.e : qui est propre à la femme, qui a rapport aux femmes, qui est destiné aux femmes. On définit le féminisme comme les mouvements et les pratiques sociales qui défendent l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, et l’amélioration de la condition féminine. Au hasard d’internet, j’avais lu cette petite phrase très parlante :  » Le féminisme est l’idée radicale selon laquelle les femmes ont des êtres humains. « 

Je ne vois pas d’antithèse à être féminine et féministe. Être féministe n’empêche pas de porter du rouge à lèvres, d’aimer la mode et de s’épiler, si c’est ce que vous entendiez par là…

Je tiens aussi à ajouter que les notions de féminin / masculin témoignent d’une vision très binaire du genre, de la sexualité, du corps.

Toujours cette même violence

Encore une fois, il y a plusieurs mentions de violences médicales. C’est vraiment un sujet qui revient toujours dans ce type de récit. A croire que c’est la norme… Sommes-nous tellement habitués à cette violence du corps médical sur les patient.es que cela ne nous choque même plus, que nous puissions l’écrire dans un roman sans le voir comme tel ?

D’autre part, elle raconte à un moment une réunion de la Leche League que je trouve assez effrayante. Bien sûr, je ne condamne pas la Leche League, je n’ai jamais assisté à aucune de leurs réunions ni rencontré une animatrice. Toutefois, ce qu’elle explique dans le roman semble très probable et peut tout à fait arrive réellement. Barbara confie son sentiment d’avoir du abdiquer tous les autres rôles de sa vie au profit de celui de mère. Elle ne reçoit aucun soutien, mais des jugements sévères et des regards réprobateurs. Elle DOIT se réaliser dans son rôle de mère, les autres sont considérés comme n’ayant pas d’importance.

Il n’est pas de bon ton de dire que l’on n’aime pas être parent, et en même temps, il y a parfois l’injonction inverse, de dire que l’on n’a pas aimé être enceinte. Comme si l’un ou l’autre était une mode, un passage obligé pour entrer dans un groupe social. C’est un lieu commun de dire que nous sommes tous uniques et différents, pourtant cela reste vrai, quelque soit le sujet abordé. La grossesse et la parentalité ne sont pas vécues de la même façon pour tous. Certaines histoires se ressemblent, se croisent et s’entrecroisent. Quelques fois, nous avons besoin de savoir que d’autres ont vécu la même chose que nous, et d’autres fois, nous avons besoin de lire une histoire différente.

Cette lecture me laisse un peu sur ma faim, je reste perplexe face à plusieurs points abordés, tandis que d’autres font écho en moi.

Si vous lisez ou connaissez les livres que j’aborde dans ces lectures estivales, n’hésitez pas à me donner votre avis !

J’ai lu : Un heureux évènement, Eliette Abécassis, Le Livre de Poche, 2007, 153 pages.

 

 

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