Bienveillance ?

Je fréquente, plus ou moins assidument, plusieurs groupes d’échange autour de la parentalité et de l’éducation sur facebook. Dans énormément de ces discussions entre parents revient le mot « bienveillance ». Je voulais revenir sur ce terme et ce que l’on entend derrière celui-ci.

Comme vous le savez déjà si vous suivez ce blog, je suis contre les violences dites éducatives, du type mise au coin, fessée, tape sur la main, humiliation… Ce que l’on nomme, dans le jargon, les Violences Éducatives Ordinaires ou VEO.

Bien que parfois je me fasse du mal en lisant les commentaires des personnes pro-VEO, en général, je préfère échanger avec des personnes ayant le même objectif que moi : ne pas faire de mal à leurs enfants. C’est donc des groupes autour de l’éducation non violente que je suis. Et c’est là qu’apparaît la bienveillance ou l’éducation bienveillante, qui s’oppose donc à l’éducation malheureusement encore traditionnelle chez nous, avec violence.

Une méthode ?

Sur ces groupes, on peut régulièrement lire : « est-ce que la bienveillance marche ? », « pouvez-vous me confirmer que la bienveillance fonctionne avec vos enfants ? ». Comme s’il s’agissait d’une méthode d’éducation qui fonctionnerait mieux que les cris, les fessées et les mises au coin. Je grossis le trait, bien entendu.

Je ne vois pas le fait d’être bienveillant, donc de ne pas être malveillant, avec son enfant, comme une méthode éducative qui aurait des résultats. Et quels résultats d’ailleurs ?

C’est également une question qui revient souvent. Que voulez-vous transmettre à vos enfants, que voulez-vous leur apprendre ? Personnellement, je voudrais que ma fille soit heureuse, se sente en sécurité et aimée, et qu’elle ait confiance en ses capacités. Les raisons pour lesquelles je désire cela pour elle, je les connais, et sans surprise, elles sont liées à ma propre enfance.

Alors, vous, que voulez-vous pour vos enfants ? Savez-vous pourquoi vous avez ces objectifs ?

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Les enfants doivent-ils obéir ?

Spoiler : non.

Parfois, je lis des commentaires qui me dérangent expliquant que les enfants doivent être obéissants, être polis, respecter les adultes juste parce qu’ils sont des adultes. Si nous cherchons à nous faire obéir de nos enfants avec des méthodes violentes ou en discutant avec eux, je ne trouve pas cela bienveillant.

Ici, c’est l’idée de « faire obéir » qui me dérange. Je ne veux pas que mes enfants m’obéissent, je ne suis pas leur patron ou un général militaire. Je suis leur parent. Je peux leur expliquer ce qui est dangereux, éviter de les mettre en situation de faire des choses dangereuses ou potentiellement interdites (genre mâchouiller un câble d’ordinateur) (exemple complètement tiré de mon quotidien), leur demander de m’aider dans les tâches de la maison, leur montrer l’exemple en ce qui concerne le fait de dire « bonjour » ou « merci », mais je ne veux pas qu’ils fassent toutes ces choses par obéissance. Je ne veux pas avoir de pouvoir sur eux.

En fait, soyons réaliste j’en ai déjà beaucoup. Ma fille a 9 mois et demi. C’est moi qui décide quand je vais la chercher le matin, quand je la change, quand je la baigne, quand on sort, où on sort, quand elle mange, ce qu’elle mange. Wouh, ça fait beaucoup quand même, non ?

Alors, bien sûr, ma fille exprime ses souhaits quand elle veut être changée ou quand elle n’aime pas un plat qu’on lui propose. A nous, ensuite, de les suivre et de s’adapter. J’estime que c’est à moi de m’adapter à elle, et non pas le contraire. J’ai la maîtrise de mon esprit et mon corps, je peux être malade, fatiguée, déprimée, mais je sais reconnaître ces sensations, pas elle, pas encore.

Une volonté ?

Pour moi, ce qui s’oppose à une « éducation » faite de violences diverses, c’est surtout le respect de son enfant, de son intégrité physique et morale. Au début, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre ce qui était entendu derrière le terme bienveillance, et parfois, je ne comprends toujours pas. Je ne veux pas juger les personnes qui utilisent ce terme et pour qui ça convient parfaitement et c’est en accord avec ce qu’elles font.

Selon le dictionnaire de Wikipédia, la bienveillance est la disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur de chacun. Dans un article du journal La Croix, Catherine Gueguen explique que la bienveillance consiste « à porter sur autrui un regard aimant, compréhensif, sans jugement, en souhaitant qu’il se sente bien, et en y veillant ».

Je le comprends également comme une volonté et non pas comme une méthode. Il n’y a pas de règles bienveillantes à appliquer comme on appliquerait des règles de VEO à chaque situation. On part du principe qu’on ne veut pas faire de mal à nos enfants, qu’on ne veut pas utiliser des violences éducatives, et à partir de là, on agit en fonction.

Perdre sa bienveillance ?

J’ai déjà pu lire : « dans telle situation, je perds ma bienveillance ». Dans certaines situations, nous sommes parfois trop fatigués, et la fatigue, quand on est parent de jeunes enfants, ce n’est pas juste avoir loupé une grasse matinée, ça peut être destructeur. D’autre fois, nous pouvons être trop perturbés par une situation familiale, au travail ou avec notre conjoint qui peut être compliquée.

Je ne pense pas que dans ces situations, nous perdons notre volonté d’être bienveillant avec notre enfant. C’est juste plus difficile de prendre sur soi, de rester calme et d’accueillir l’émotion de notre enfant. Plus difficile, mais pas impossible. Si nous pouvons avoir de l’aide, ne pas hésiter à en demander. Si non, parfois il est mieux de laisser notre enfant, dans sa chambre, dans son lit, sortir cinq minutes de la pièce de respirer et de se dire « je vais m’en sortir, je vais y arriver ». J’essaye de m’auto-persuader de nombreuses fois par jour. C’est un défi permanent d’être parent, qui nécessite aussi d’être bienveillant avec soi-même.

Un exemple de mon quotidien. Parfois, comme beaucoup de bébés, ma fille a du mal à s’endormir, je suis moi-même fatiguée et moins patiente. Seulement, moi, je suis une adulte. Soit je demande à mon copain de coucher notre fille, soit je prends sur moi et je la berce. Quand je suis en forme, je la berce en chantant, je suis plus douce, c’est évidemment. Quand je suis fatiguée ou pas très bien, je dis à ma fille : « je suis un peu fatiguée moi aussi, ce serait bien qu’on aille se coucher vite, je vais te faire un câlin et tu iras dormir et moi aussi ». Alors, bien sûr, je ne dis pas qu’elle s’endort en cinq minutes, ce serait trop beau, mais au moins, elle comprend pourquoi ce soir, sa maman ne chante pas et baille aux corneilles en la berçant.

Une dernière question

Je m’interroge et je continue encore de m’interroger, à chaque instant. Je ne me demande pas : est-ce que la bienveillance marche ? (Est-ce que je vais vous épargner la blague du « la bienveillance n’a pas de jambes, elle ne peut pas marcher ? » Visiblement non. Pardon.)

Je me demande constamment si je suis une bonne mère, comme beaucoup j’imagine. Je réfléchis à chaque situation et je me demande si j’aurais pu faire mieux, si je ne pouvais pas agir autrement. Ce soir, je n’ai pas trouvé les ressources nécessaires pour calmer ma fille et c’est mon copain qui l’a couché. Demain, j’essayerai de faire autrement.

Je me demande si les violences dites éducatives finiront réellement par faire partie du passé. Je me demande si, un jour, la violence envers les enfants sera tellement impensable que ma fille me dira « c’est vrai qu’avant les parents frappaient leurs enfants ? ».

Dans un prochain article, j’aimerai aussi vous parler d’un autre sujet qui revient fréquemment sur la bienveillance et le laxisme. Est-ce qu’être bienveillant avec ses enfants, c’est être laxiste ? (un dernier spoiler pour la route : non).

à bientôt !

 

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