Lecture estivale #3 : Il n’y a pas de parent parfait

Une nouvelle lecture estivale, à relire toute l’année, à toutes les périodes. Rien que le titre fait du bien ! Il n’y a pas de parent parfait. Mais oui, ça semble tellement évidemment, alors pourquoi est-ce que l’on se torture littéralement en doutes, questionnements, inquiétudes ? Pourquoi avons nous parfois le sentiment que notre enfant n’est pas aussi calme ou sage que ceux des autres ?

J’avais déjà lu J’ai tout essayé d’Isabelle Filliozat, lorsque je n’étais pas encore maman, et je viens de terminer Il n’y a pas de parent parfait, de la même auteure. C’est un livre riche, assez complet, et qui fait du bien.

Dans son livre, Isabelle Filliozat propose quatre parties : 1. Le parent face à son enfant ; ce que l’on vit face à nos enfants. 2. Les causes de nos débordements : pourquoi agit-on ainsi ? 3. Elle analyse différentes situations en fonction des âges de l’enfant. 4. Enfin, elle propose une sorte de coaching parental pour changer le quotidien.

J’ai choisi de parler des sujets qui m’ont le plus touché et marqué au cours de ma lecture. Je ne peux que vous encourager à feuilleter le livre et voir ce qui vous correspond.

Qu’est-ce qu’être parent ?

Isabelle Filliozat n’hésite pas à dire qu’être parent est une aventure éprouvante, physique, émotionnelle et intense. Eh oui, tout ça à la fois. Mais quelque part, on le savait déjà, non ? Éduquer n’est pas simple, mais fatiguant et complexe, comme tout ce qui touche à la parentalité.

D’autre part, elle rappelle une évidence que l’on a tendance à trop souvent oublier ; tous les parents sont dans le même bateau. Nous doutons tous, nous nous questionnons face à l’opposition, aux cris et crises de notre enfant. Est-ce normal que mon enfant pleure autant ? Est-ce que normal qu’il agisse ainsi ? Les groupes de soutien à la parentalité, nombreux sur facebook par exemple, expriment bien toutes ces questions : « Ma fille fait telle chose, a tel comportement, est-ce que ça vous ait arrivé ? Que dois-je faire ? ». Nous cherchons toujours à nous rassurer, à calmer les inquiétudes qui nous serrent le cœur. Qui n’a jamais tapé dans Google « pourquoi mon bébé pleure-t-il ? » ? Personnellement, je ne sais même plus combien de fois j’ai fais cette recherche !

Une histoire d’enfant…

Le sous-titre de son livre annonce la couleur : L’histoire de nos enfants commence par la nôtre. Il semble impossible d’être parent sans faire ressurgir un peu notre propre enfance, que ce soit un processus conscient ou inconscient. A la page 16, Isabelle Filliozat écrit « nos enfants nous parlent de nous ».

Oui, nos enfants nous parlent de l’enfant que nous étions. Nos parents comparent notre progéniture à la leur, c’est-à-dire nous, et on se demande : étais-je une aussi grosse dormeuse que mon fils ? étais-je aussi affamée que ma fille ? avais-je le même caractère secret que mon aîné ? ma sœur n’était-elle pas un peu aventureuse comme sa seconde ?

Il y a une importante dimension inconsciente dans cette influence de notre histoire et notre famille. On touche à la généalogie de notre famille, à la dimension systémique. Des phénomènes de répétition peuvent survenir sans que nous le voulions. Nous allons reproduire quelque chose d’inconscient qui traîne dans notre mémoire, dans notre famille. Et de toute ça, nos enfants ne sont pas la cause.

Notre enfant intérieur

Notre enfant est un peu comme notre miroir, nous allons projeter sur lui notre moi idéalisé. C’est flagrant lorsque l’on veut que notre enfant fasse les études que nous n’avons pas réussi par exemple, mais ce phénomène existe dès la naissance et la petite enfance. C’est un phénomène naturel et normal, il faut juste que nous puissions en avoir conscience.

Isabelle Filliozat explique l’on oublie trop souvent notre enfant intérieur, l’enfant que nous étions. Comment nous sentions-nous face à telle action de nos parents ? Comment se sent notre enfant face à la même action de notre part ? L’éducation est le fait d’enfants, de l’enfant que nous étions face à notre enfant

Comment être parent ?

J’ai entendu pas mal de personnes dire « si les livres expliquaient comment être parent, on le saurait », « un livre n’a jamais appris à un parent à éduquer son enfant ». Oui et non. Il peut faire réfléchir, aider, donner des pistes. Je pense qu’il est important de savoir prendre ce qui nous convient et de laisser ce qui ne nous correspond pas.

Un livre ne vous apprendra pas comment réagir quand votre bébé se réveille en hurlant à quatre heures du matin, qu’il n’a pas faim, la couche propre et ni chaud ni froid. Un livre pourra vous aider à comprendre pourquoi est-ce si douloureux pour vous de le voir pleurer ou pourquoi vous refuser d’entendre ses pleurs.

Au fil des pages, j’ai eu le sentiment qu’on dressait le portait des deux pires ennemis d’une parentalité sereine : la comparaison et la culpabilité.

Les autres parents semblent toujours mieux y arriver que nous. Mais est-ce réellement vrai ? Ou est-ce encore une fois une projection ? Une simple impression ? En public, nous allons souvent avoir peur du regard des autres, et même si on le sait, si on nous a répété « tu t’en fous des autres », ce n’est pas aussi simple que cela, on le sait tous.

On s’inquiète toujours de savoir si c’est pareil pour les autres parents, ou si c’est seulement nous. Un jour, avec mon copain, nous discutions avec un couple d’amis, qui ont un bébé un peu plus jeune que notre fille. Ils nous disaient, à moitié sous forme de question : « on doit le porter et le bercer au moins trente minutes le soir pour qu’il s’endorme ». Et nous de répondre : « oh oui, nous aussi ! ». Et un échange de sourires silencieux. Oui, on est dans le même bateau.

Plusieurs fois, l’auteure encourage à demander de l’aide si nous en ressentons le besoin, et je crois que c’est conseil très important. Avoir besoin d’aide ne fera jamais de vous un mauvais parent, juste un parent qui admet qu’il est fatigué ou qu’il a besoin de prendre l’air cinq minutes.

L’éducation par la violence ?

L’auteure remet en cause ce que l’on nomme l’éducation « traditionnelle », qui encourage le fait de frapper (fessée, claque, tape sur la main), d’humilier (moquerie, critique) ou de punir (aller au coin, faire des lignes). Elle explique que « toutes les époques ont cru traverser une crise de l’autorité » (page 15). Les premières traces de textes allant dans ce sens datent de l’Égypte Antique.

Une enquête SOFRES de 1999 évoque le fait  que 84% des parents français frappent leurs enfants dans le but de les faire obéir. Je ne crois pas que ce soit beaucoup mieux aujourd’hui. L’auteure déclare qu’elle pense que les tapes, les fessées, ou les menaces de violences sont tout à fait inefficaces. Pour aller plus loin, je vous conseille de lire autour du sujet des Violences Éducatives Ordinaires.

Isabelle Filliozat explique que tout prend une dimension plus importante quand il s’agit de nos enfants, alors que notre réaction serait différente si c’était un adulte dont il s’agissait. Nous cherchons à montrer que nos enfants sont bien élevés, que nos sommes de bons parents. N’oubliez pas, il n’y a pas de parent parfait. Ne soyons pas nos propres bourreaux.

Parler, parler, et encore parler… sans oublier d’écouter

Toutes les émotions sont normales, nous pouvons tout ressentir, mais pouvons-nous tout garder pour nous ? Spoiler : non. Il est essentiel de pouvoir mettre des mots sur ce que l’on ressent. Mais, c’est parfois terriblement difficile.

Lors de ma grossesse, je parlais très rarement à ma fille à voix haute. Je pensais des choses que j’avais envie de lui dire, mais je n’arrivais à franchir le pas et à lui parler. J’étais angoissée, j’ai été agressée, je pleurais beaucoup, j’ai coupé les ponts avec des amis, et au final, je n’arrivais rien à lui dire de tout cela. Ma fille a été très angoissée ses premiers mois, je ne peux pas m’empêcher de penser que cela aurait pu être différent. Je ne cherche à m’auto-flageller, juste à revenir sur cette période et à y réfléchir à la lumière de mes lectures et avec du recul.

Parlons à notre enfant donc. Votre enfant n’est pas votre confident, je suis bien d’accord, mais à chaque âge de la vie, et même pendant la grossesse donc, il va réagir aux émotions que l’on cherche à taire et à cacher. Les non-dits ne sont jamais sans conséquence. Nous pouvons expliquer une situation de chômage, de maladie, succinctement, avec des mots adaptés.

Par exemple, lorsque j’ai du aller à l’hôpital pour me faire opérer, j’ai expliqué avec des mots simples à ma fille de sept mois pourquoi je n’allais pas être là pendant deux jours, les raisons et le lieu où j’allais, et qui resterait avec elle. J’appréhendais cette séparation, mais elle s’est beaucoup mieux passée que je ne pensais. Suite à un conseil qu’on m’avait donné sur un groupe de parentalité, j’avais évoqué avec ma fille ce qu’elle ferait avec son père pendant mon absence (manger, jouer, sieste, promenade, baignade).

Parler, c’est d’accord. Et écouter ? Oui, écouter encore et encore. Nous devons aussi prendre le temps de laisser notre enfant s’exprimer. Si un enfant vous dit « papa/maman ne m’aime pas », il faut essayer de ne pas nier ses émotions en disant « mais non, tes parents t’aiment », comme nous avons souvent tendance à le faire. Il semble important d’essayer d’accueillir les émotions, écouter ce qu’il a à dire et éventuellement essayer de comprendre la situation si nous avons toutes les cartes en main.

De même, lorsqu’une amie, une jeune maman, évoque ses inquiétudes devant vous, il me paraît inutile de dire « mais si tu es une bonne mère ». La seule réaction qu’elle aura, ce sera de cacher encore plus le fait qu’elle pense ne pas en être une. Nous pouvons essayer de chercher à comprendre l’angoisse sous jacente à l’affirmation de « je n’y arrive pas », « je ne suis pas une bonne mère », mais avant tout, il faut accepter son émotion « ok, c’est ce que tu ressens, je l’entends, veux-tu m’en dire plus ? ».

Toujours un peu de mal à conclure…

C’est finalement plus un résumé qu’une critique que je vous fais de ce livre. Il n’est pas parfait, ce serait antithétique de le dire, vu le titre ! Mais, il apporte beaucoup de connaissances et de réflexions très intéressantes. Je vous le conseille vivement, que vous soyez parent ou pas.

Je vais terminer sur cette petite phrase, qui m’est venue pendant ma lecture : il faut que l’on se respecte et s’estime soi-même, pour pouvoir respecter et estimer son enfant, et qu’il nous respecte et estime en retour.

 

J’ai lu : Il n’y a pas de parent parfait, Isabelle Filliozat, édition Poche Marabout, 2008, 317 pages

 

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