Lecture Estivale #1 : Lettre à une mère

Mamandine m’a prêté quatre livres ces jours-ci et j’en ai plusieurs dans mes envies de lecture, je me suis donc dis que j’allais vous faire des retours sur mes lectures estivales, en rapport avec l’éducation, la grossesse, la naissance, les enfants… Bref, les sujets de notre blog. On commence par Lettre à une mère de René Frydman. 

Lettre à une mère est livre court, qui se lit relativement vite, conçu comme une lettre (mais là, vu le titre, je ne vous apprend rien, je pense…). René Frydman, qui est gynécologue obstétricien, parle de son métier, des femmes qu’il a côtoyé, de la vision de la grossesse, de l’accouchement et de la maternité.

Critique & avis

Autant ne pas vous faire lanterner plus longtemps, je n’ai pas spécialement appréciée cette lecture, pour plusieurs raisons qui m’ont dérangées, au fil des pages.

Regard & toute puissance

Dès la première page, l’auteur parle à une femme qui se rhabille dans son cabinet : « Vous vous êtes rhabillée doucement » (page 7). Et très vite, arrive la première phrase qui me choque : « Excusez l’œil qui traîne, c’est celui d’un messager plein d’expérience, celui d’un homme cigogne qui ne se lasse pas de vous regarder » (toujours page 7).

Deux choses principalement dans cette phrase m’ont fait froncer les sourcils. L’évocation du regard, non professionnel, du médecin, sur la femme qui se rhabille dans son cabinet. Se déshabiller dans un cabinet de gynécologue est rarement une partie de plaisir, sans compter qu’être totalement nue n’est qu’une manière de simplifier le travail du médecin et non de mettre à l’aise la patiente. Il est tout à fait possible de ne se déshabiller que le bas ou que le haut selon l’endroit que le praticien à besoin de toucher ou regarder.

Pour en revenir au livre, le début de la phrase me met très mal à l’aise. Il avoue regarder la patiente, j’oserai dire « mater » carrément, et demande qu’on l’excuse. Désolée, mais je n’excuse pas ce genre de comportement.

D’autre part, l’idée du médecin plein d’expériences, qui s’y connaît mieux que la femme, l’idée d’un homme cigogne, qui va apporter un bébé, cela me dérange également. C’est, pour moi, une illustration discrète de la toute puissance de la médecine.

Le toucher vaginal pendant la grossesse

Plus loin, page 10, l’auteur évoque le fait qu’à chaque consultation de suivi de la grossesse, il pratiquera un toucher vaginal, et mieux encore, il écrit être le « gardien » de l’utérus, la « chambre forte » du bébé. Déjà, selon le déroulement de la grossesse, les besoins du praticien pour évaluer ce que lui confie la patiente (contractions précoces par exemple), les touchers vaginaux ne sont absolument pas obligatoires à chaque visite. Et, s’ils doivent être pratiqués, le consentement de la patiente doit être recherchée par le médecin. Cette pratique ne va pas de soi, n’est pas une évidence.

Enceinte, notre corps continue de nous appartenir. Malheureusement, j’ai le sentiment que le corps devient « public » durant la grossesse. Beaucoup de gens ne se gênent pas pour toucher le ventre des femmes enceintes, on estime normal de subir des touchers vaginaux , de échographies endovaginales, ou tout un tas d’autres actes médicaux qui ne sont pas toujours nécessaires. Encore une fois, cela dépend bien évidemment du déroulement de la grossesse et des potentielles complications. Parfois, le praticien a besoin de savoir si le col n’est pas ouvert, surtout si nous lui parlons de maux de ventre et de contractions.

Qui accouche ? 

Plusieurs fois l’auteur dit qu’il accouche, qu’il a fait un accouchement. Pour moi, c’est la femme qui accouche, et non pas le médecin qui accouche. René Frydman évoque justement l’utilisation du même mot pour les deux (la personne qui accouche et le médecin), et il semble l’encenser alors que j’aurais tendance à vouloir changer cette usage linguistique, qui, à mon sens, n’aide pas les médecins à sortir de la toute puissance. Si je regarde mon expérience, la sage-femme qui était présente m’a aidée à accoucher en me guidant, me réconfortant, m’encourageant, mais c’est bien moi qui ai accouché.

Jugements & injonctions

L’auteur raconte, page 58, un voyage au Vietnam, où il a observé une salle de d’accouchement dans laquelle se trouvait une vingtaine de femmes, qui ne criaient pas et ne disaient rien malgré la douleur. Il exprime son admiration, et l’oppose, quelques lignes plus loin, à une femme qui demande une césarienne et qui n’a pas le droit à autant de considération de sa part. Selon lui, nous exigeons et demandons, et il ne voit pas forcément cela d’un bon oeil, même si au final, il accepte la césarienne pour la femme qui en fait la demande. Je ne comprends pas cette opposition. Cela me fait penser au  » sois content de ce tu as, il y a des enfants qui meurent de faim « . Quelle est la pertinence de cette réflexion ? Devrions accoucher à vingt par salle et en silence pour satisfaire son imaginaire ? Devrions mourir de faim pour soutenir ceux qui vivent la famine ?

Bien sûr, l’auteur évoque les grossesses mal vécues, non voulues, non prévues, les dénis de grossesse, mais je trouve qu’il y a quand même beaucoup de passages d’injonctions à aimer la grossesse, la naissance, le fait d’être mère, le don de soi… J’ai très envie de dire à l’auteur  et au monde médical  » arrêtons les injonctions, décentrez-vous, cherchez à comprendre seulement, et non plus admirer ou aimer. Votre admiration, nous n’en avons pas besoin. Votre respect, on en aurait bien besoin. « 

A la page 75, l’auteur nous confie qu’il n’a jamais vu une mère dormir à la maternité, et il ramène cela au don de soi en tant que mère. Sachez que c’est le hasard plus que l’abnégation. Bien entendu, on dort très peu quand on a un nourrisson, c’est un fait. Personnellement, j’ai quand même dormi quelques heures durant mes 4 jours à la maternité. Je connais également une femme qui a accouché le matin et dont le bébé a dormi  dès la première nuit, et elle aussi, de fait. Oui, ce n’est pas une légende urbaine, ça peut arriver (j’avoue que je suis un peu jalouse héhé).

Enfin, il évoque à la fin de sa lettre le maquillage sur les tables de chevet à la maternité, René Frydman trouve important de rendre les femmes belles quand elles sortent de la maternité, il explique qu’elles jouent entre être femme et être mère. Qu’en dire ? Donc, selon lui, si on se maquille pas nous sommes laides, à ses yeux ? Nous ne sommes pas des femmes ?

Je suis mère, je suis femme, et je ne me reconnais en rien de ce qui est écrit dans cette lettre. Je suis désolée, je me suis un peu emportée car cette courte lecture m’a perturbée et énervée.

Promis, je ne serais pas aussi vindicative dans mes prochaines Lectures Estivales. J’ai en projet de lire Il n’y a pas de parent parfait d’Isabelle Filliozat, Naissances, écrit par plusieurs auteures, Pour une enfance heureuse de Catherine Gueguen et Un heureux évènement de Eliette Abécassis. Je pourrais également vous parler de livre que j’ai déjà lu comme C’est pour ton bien, d’Alice Miller, ou Et je ne suis jamais allé à l’école d’André Stern.

Profitez bien du soleil qui est enfin au rendez-vous, et à bientôt !

J’ai lu : Lettre à une mère, René Frydman, Le Livre de Poche, 2008, 78 pages.

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3 réflexions sur “Lecture Estivale #1 : Lettre à une mère

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