Les Violences Educatives Ordinaires

Il y a un an et demi, Facebook me suggère un groupe qui selon son cher algorithme pouvait me plaire. Et, dans les méandres des suggestions étranges que ce cher réseau social nous propose parfois, il avait, pour une fois, bien raison ! C’était un groupe militant qui luttait contre les Violences Educatives Ordinaires.

J’étais déjà plus ou moins convaincue que la violence ne résolvait rien. C’est joliment dit ainsi, mais dans les faits ? D’abord, j’ai beaucoup lu, j’ai observé. J’ai découvert l’OVEO, Alice Miller, Catherine Gueguen, Isabelle Filliozat… Puis, j’ai commencé à écrire, à répondre, à m’interroger. Enfin, je suis devenue militante. Mais, tout d’abord, revenons au commencement.

De quoi parle-t-on ?

Les Violences Educatives Ordinaires (que l’on abrège VEO, parce qu’on est militant, mais on a aussi la flemme) (non, je blague) regroupent toutes les violences pratiquées dans un but que l’on croit être éducatif. Alors qu’en fait, non.

La liste est longue, je vais vous en citer quelques exemples : Fesser, gifler, donner une tape sur la main, mordre, pincer, tirer les oreilles ou les cheveux, mettre sous la douche froide, laisser pleurer, priver de repas, mettre au coin, mais aussi parler en mal des enfants devant eux, insulter, humilier, ou encore utiliser du second degré devant l’enfant, dans le but de se moquer de lui, alors qu’il n’est pas capable de le comprendre.

Oui, ça fait beaucoup. Et encore, je vous ai raccourci la liste.

Pourquoi lutter contre ces pratiques ? N’avons-nous pas tous un peu vécu cela ? N’avons-nous pas eu des fessées et nous n’en sommes pas morts ?

Déjà, remettons les choses au clair. En France, deux enfants décèdent par jour sous les coups de leurs parents. Donc, clairement, les violences dites éducatives tuent.

Pour moi, l’argument « ça ne tue pas » est un non-argument. Si quelque chose ne tue pas, ce n’est pas grave ?  Est-ce que lorsque l’on est parent, notre seul objectif est de maintenir nos enfants en vie ? Bref, je m’égare, mais comme je le disais plus haut, je me considère comme militante, mes propos personnels sont donc engagés.

D’un point de vue scientifique, on sait désormais que les violences dites éducatives peuvent avoir des conséquences potentiellement très graves sur le développement de l’enfant. Je vais laisser parler le docteur Catherine Gueguen, qui a écrit le livre Pour une enfance heureuse, et qui évoque ce sujet bien mieux que moi :

« Elles (les dernières découvertes en neurosciences) prouvent qu’une relation empathique, aimante, est décisive pour permettre à son cerveau d’évoluer de manière optimale, pour déployer pleinement ses capacités intellectuelles et affectives. Le cerveau des enfants et des adolescents se révèle très vulnérable : toutes les expériences ont un impact majeur sur sa structuration. Les relations avec les parents ou l’entourage façonnent l’intelligence cognitive et relationnelle de l’enfant, et détermineront son comportement affectif, notamment sa capacité à surmonter le stress, à vivre ses émotions. Toute forme de maltraitance, de violence même apparemment anodine, perturbera le bon développement de son cerveau, de son affectivité, avec parfois des dommages irréversibles. »

A partir de là, impossible pour moi de revenir en arrière, de faire comme si je ne savais pas, comme si ce n’était pas grave. Je vous conseille cet article pour aller plus loin.

Tout le monde me dit de le laisser pleurer !

Mais, me direz-vous peut-être, d’autres médecins conseillent de laisser pleurer les bébés ! Oui, mais personne n’est parfait, que voulez-vous. J’ai assisté en juin dernier, lors d’Alternatiba Dijon, à une très bonne petite conférence qui expliquait que laisser pleurer régulièrement et longtemps les bébés peut provoquer une hyperactivité du système nerveux sympathique, ce qui entraine, entre autres, des fatigues chroniques, des crises de panique, une perte de confiance, une inhibition ou encore de l’agressivité.

Pour moi, un enfant ne pleure jamais pour rien. Il va se sentir sale, avoir faim, avoir soif, avoir mal, mais aussi avoir besoin d’un câlin, d’être rassuré, de savoir qu’il compte pour quelqu’un, de savoir que vous êtes toujours là… Il est entièrement dépendant de vous ! En prenant en compte ses pleurs, on reconnaît ses émotions comme valables. On légitime l’expression de ses émotions, ce qui va permettre à l’enfant de grandir en se sentant reconnu, en allant bien, tout simplement.

Et si vous avez lu mon article sur les premiers mois, vous savez que j’ai été à dure épreuve, mais je n’ai pas cédé. J’en ai pleuré, moi aussi, de ses pleurs incessants, de mon incapacité parfois à la calmer, mais en aucun cas, je n’ai laissé ma fille affronter cela toute seule. Pourtant, on me l’a dit et répété « laisse-la pleurer » et encore aujourd’hui, je l’entends parfois. Mon objectif, ce que je vise réellement et qui est le plus important pour moi dans l’éducation de ma fille, c’est qu’elle soit heureuse. Tout simplement HEUREUSE. La laisser pleurer me semble en totale contradiction avec cela.

La politesse, elle l’apprendra par mimétisme, si je suis polie et agréable devant elle, j’ai bon espoir qu’elle me copie. Le respect, j’estime que je dois le mériter, ce n’est pas parce que je l’ai mise au monde qu’elle me doit le respect. Elle me respectera si je suis respectable.

Je ne suis pas parfaite, et je ne prétends pas l’être. La première fois où elle m’a tiré les cheveux, j’ai crié. Pas contre elle, plutôt parce que j’avais mal, mais elle a eu peur de ma réaction. Ensuite, je me suis excusée et je l’ai prise dans les bras. Je lui ai menti aussi (à ma décharge, j’ai une maladie dégénérative de l’oesophage et je n’étais pas prête à tout lui expliquer). J’ai fais plein de petites erreurs, comme nous tous. Chaque jour, j’apprend à être parent, chaque jour, j’essaye de m’améliorer.

Je ne suis pas parfaite, j’essaye juste de suivre ce en quoi je crois. Mais, revenons au sujet principal, car, comme d’habitude, je m’égare. Dans quel but est-ce que je milite ?

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Une loi contre les Violences Educatives Ordinaires

On ne peut pas faire plus simple.

Dans la jurisprudence Française, il existe le droit de correction. Oui, oui. Le droit d’utiliser des violences dites éducatives pour « corriger » ses enfants. Je n’en dirais pas plus, si vous avez lu jusqu’ici, vous avez compris mon point de vue. Donc, étape 1 : supprimer cette jurisprudence !

L’arsenal législatif actuel n’est que pénal et ne concerne que ce que l’on nomme la maltraitance grave (comme s’il y avait des maltraitances pas graves, bref…). Je milite, nous militons, pour une loi visant à abolir toutes les violences (physiques, psychologiques…) dites éducatives faites aux enfants (c’est donc l’étape 2 pour ceux qui ne suivent pas).

Les militants n’ont pas pour objectif de mettre les parents en prison, cette loi serait plus dissuasive que punitive. Il semble important de prendre vraiment conscience des effets connus et avérés des violences éducatives et non pas d’envoyer les parents en prison ! La loi ne peut pas se faire sans mesures d’aide à la parentalité, campagnes de sensibilisation, d’information et formations adaptées pour les professionnels. Récemment, le livret des parents, envoyé par la CAF à tous les futurs parents, fait mention de l’inutilité des châtiments corporels pour les enfants, et c’est un bon début ! Ne nous arrêtons pas en si bon chemin !

Il faut que je pense à conclure…

Lutter contre les violences dites éducatives, c’est permettre à des enfants de grandir sans coups, sans humiliations, sans insultes. C’est permettre à des enfants d’avoir confiance en à la vie, en l’avenir et en eux-mêmes. C’est permettre à des enfants de grandir en voyant leur intégrité respecté. C’est permettre à des enfants de voir qu’autre chose est possible, que la violence n’est pas la solution.

Lutter contre les violences dites éducatives, c’est chercher à éradiquer la violence sous toutes ses formes. Lutter contre les violences dites éducatives, c’est aussi lutter contre le terrorisme, la délinquance, les guerres, l’armement. Lutter contre les violences dites éducatives, c’est préparer un monde meilleur.

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Le 30 avril, c’est la journée de la non violence éducative. Si ce sujet vous touche, si vous êtes convaincu, si vous voulez nous aider, partagez, parlez, dites #StopVEO !

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5 réflexions sur “Les Violences Educatives Ordinaires

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